| L'impromptu des apprentis |
| …/... Gladys « Cette comédienne a la parole, il ne lui manque que la pensée. » Professeur C’est bien, tu as retenu la formule ! C’est la première critique que je t’avais faite. Gladys A l’époque, j’étais plutôt nulle. Professeur Tu ne pouvais pas déjà être parfaite ! Gladys C’est normal : on nous a toujours habitué à réciter des phrases, bien dans l’ordre, bien ponctuées, mais coupées de leur base, puisque sans véritable appui sur la pensée qu’elle traduit. Grégory Exercice de mémoire ! Peu importe l’histoire, on enfile les mots comme des perles, maladroitement, ou à toute allure. Ah, tous ces mots qui déferlent ! Toutes ces beautés qu’on défigure ! Coralie Jamais une émotion ! Pas d’humeur qui s’anime ! Il fallait respecter la ponctuation ! Marie Faire entendre les rimes ! Charlotte Prononcer les e muets ! Nora Bien compter jusqu’à douze pour les vers de Molière ! Kévin S’il manquait une syllabe, on nous tuait ! Nora On nous faisait parler d’une drôle de manière ! Coralie Baisser la voix sur tous les points ! Kévin Parfois sur les virgules ! Gladys C’est ridicule ! Professeur Là, vous allez peut-être un peu loin. Kévin Non ! Les plus classiques, les plus sévères, ne supportaient pas qu’on écorche un vers ! S’il manquait un seul pied, allez ! dix fois à copier ! Pour plaire au maître, il fallait qu’on récite en suivant à la lettre les règles écrites ! Charlotte J’en ai connu un plus libéral, qui comprenait bien qu’à l’oral, on pouvait ne pas suivre tous les codes écrits sur le livre. Gladys « La parole n’est prisonnière que du sentiment qui la porte. Si on la fige par des barrières, la parole vivante devient lettre morte. » Professeur Toutes mes phrases comme ça, tu les enregistres ? Gladys J’en ai tout un registre ! .../... |
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